Lors d’une conversation avec Sylvie, mon amie journaliste, alors qu’on se raconte nos vies et nos
projets avec enthousiasme, je lui dis mon regret de ne plus écrire depuis plusieurs semaines…
– Ah bon et pourquoi tu n’écris plus ? me dit-elle, tu n’as pas le temps ? pas envie ? pas d’idée ?
– Si si … souvent des idées me passent par la tête. Mais j’ai beaucoup de boulot et quand je ne
travaille plus j’ai toujours quelque chose d’autre à faire, d’autres envies : faire du sport, voir mes amis,
mes enfants … Je n’arrive pas à me poser pour écrire en ce moment.
– Pas le temps … pas envie… ?
– Oui c’est ça pas vraiment envie !
– Parfois, poursuit-elle, quand la belle et profonde inspiration n’est pas là, il s’agit juste de se saisir de
l’idée (qui passe très vite), de s’y mettre et on s’aperçoit alors que le moteur se met en route.
– Ah oui je vois tellement bien, la mise en route du moteur, c’est la motivation, l’envie qui refait surface
…
– Bah … pourquoi tu n’écrirais pas là-dessus ?
Mais bon sang mais … c’est l’histoire de ma vie en plus !
Parfois la pensée d’une envie sur quelque chose qui me tient à cœur passe. Comme une minuscule graine qui dort au fond de moi, elle germe de temps à autre dans ma conscience. Et là si je ne m’en saisis pas elle repart dormir sans se développer…
Concrètement, l’envie claire, c’est celle qui nous pousse à enfiler nos baskets sans réfléchir pour partir courir quel que soit la météo. Alors que l’envie plus sourde, elle, nous fait préférer rester bien au
chaud plutôt que de choisir de momentanément souffrir avant le plaisir d’avoir libéré son envie.
Et oui j’ose le mot ! Il s’agit de liberté.
Ça ne vous pèse pas, vous, ces pensées récurrentes qui vont et reviennent ? ces petites graines d’envie qui apparaissent et disparaissent faute d’avoir été cultivées ? cette sensation d’impuissance à les faire grandir qui entrave un peu chaque fois votre liberté d’être ?
Vous l’avez compris, j’ai pris conscience qu’il ne s’agissait pas d’une lubie passagère de confinement.
J’aime écrire de courts billets sur les sujets qui me tiennent à cœur, j’aime les partager sur les réseaux et dans ce blog. A l’inverse, je ressens un manque quand je n’écris plus …
Bah c’est simple, me direz-vous, taka t’y mettre ! Oui et non, en fait c’est pas si simple. Si ça l’était, j’écrirais régulièrement dès que la pensée arriverait à mon cerveau …
D’abord j’ai pris le temps de reconnaître objectivement mon manque.
En formulant ce regret à Sylvie, j’ai réalisé que c’était la première fois que j’en prenais réellement conscience, que je m’autorisais à ressentir la juste émotion. A la tristesse de délaisser cette part de
mon activité, je lui avais substitué la peur de manquer de temps pour l’important…
Cela a été mon déclencheur …
Ensuite je me suis interrogé sur le besoin que nourrissait l’envie d’écrire.
Marshall Rosenberg nous dit que « tous les êtres humains sont animés par les mêmes besoins. (…)
Ce qui varie d’une personne à l’autre, c’est la stratégie adoptée pour y répondre. » Il est fort probable pour moi qu’écrire soit une stratégie pour répondre à mes besoins d’expression, de création, de
partage et d’authenticité.
Pour une même personne, les stratégies peuvent aussi changer en fonction des circonstances et de la réalité. En effet, mes besoins ont été nourris pendant cette période : j’ai animé plusieurs formations, me suis formée moi-même, vécu d’authentiques moments familiaux et amicaux. Je ne me rendais pas compte qu’écrire me manquait.
Alors pourquoi ce ressenti de manque maintenant ?
Même s’il existe mille manières de nourrir nos besoins, nous ne mettons pas en œuvre nos stratégies par hasard.
Elles révèlent nos manières préférées d’être au monde, de nous connecter aux autres. Elles en disent long sur notre personnalité, notre singularité. Alors peut-être que l’écriture est une de mes stratégies préférées … à laquelle j’ai envie de donner du temps.
Et vous, quelles sont vos stratégies essentielles ?